Découverts en 1987, les Thermes gallo-romains d'Entrammes doivent leur remarquable état de conservation au fait d'avoir été supplantés par une église, dès la fin de l'Antiquité.

Grâce à cette protection, des vestiges rarissimes ont été conservés, tels des murs romains de 8,50m de haut, quatre salles de bains en enfilade chauffées par hypocauste, des arcades et fenêtres en brique, ainsi que des témoignages de l'occupation religieuse du site (ambon, sarcophage, moules à cloches).

Une histoire qui commence à l'époque gauloise

C'est en 1976, lors d'une prospection aérienne, que l'on découvre la présence d'un ancien oppidum gaulois d'environ 50 hectares dans les environs de l'actuelle abbaye du Port du Salut. Grâce à cette découverte, nous connaissons les débuts de l'histoire d'Entrammes. Les Gaulois s'installèrent entre deux bras de rivière, qui constituaient ainsi des douves naturelles, et près d'un passage à gué se trouvant sur un axe de circulation. Cette implantation astucieuse fut ensuite reprise par les Romains. Mais ces derniers ne s’arrêtèrent pas là et étendirent l'emprise de cette agglomération secondaire jusque dans le village actuel. De cette histoire ancienne, la partie la plus connue est sans aucun doute liée au bâtiment des thermes. Ces derniers furent découverts par hasard en 1987 lors d'une campagne de restauration de l'église. Après avoir remis en état la charpente, on s'attela à gratter les enduits successifs sur les murs. C'est à ce moment-là qu’apparut la maçonnerie initiale, faite de moellons de grès Roussard et de brique, utilisée pour l'encadrement des ouvertures notamment. Il y avait déjà des soupçons sur l'ancienneté du site, mais là il s'avéra que l'église d'Entrammes était venue s'installer dans un bâtiment remontant à l'époque romaine. Suite à cette découverte des fouilles furent entreprises qui révélèrent aux archéologues la fonction du lieu : un bâtiment de thermes.

L'utilisation des thermes

Le bâtiment des thermes d'Entrammes présente une organisation de salles en enfilade. L'utilisateur commençait par la salle du vestiaire (la seule salle à ne pas être dans l'alignement des autres salles). Puis il traversait la salle froide pour se rendre directement dans la salle tiède, où il pouvait commencer à s'habituer tranquillement à la chaleur des pièces. Il pouvait ici recevoir des massages. Il passait ensuite dans l'étuve pour transpirer abondamment. C'était ensuite au tour de la salle chaude d'ouvrir ses portes, là l'utilisateur pouvait se baigner dans un grand bassin appuyé contre le mur du pignon. Pour terminer ce rituel, il fallait revenir dans la salle froide et s'immerger dans une eau non chauffée (coutume romaine encore en pratique dans certains pays nordiques!).

D'un lieu d'hygiène à un lieu de culte

Nous ne connaissons par précisément la date de fin d'utilisation de ce grand bâtiment public romain, mais nous pouvons penser que les invasions barbares du 3è siècle, mirent à mal la vie quotidienne dans les villes et les villages de la Gaule romanisée. Il est fort à parier que le bâtiment fut alors laissé à l'abandon.

La Christianisation étant passée par là, le bâtiment, dont la forme répondait parfaitement au besoin du culte chrétien, fut transformé en église. Il suffit pour cela, d’abattre les cloisons de brique entre chaque salle et d'étendre un nouveau sol. A l'est de la nouvelle église on installa le mobilier liturgique propre aux églises paléochrétiennes (premières églises chrétiennes). Lors des fouilles les archéologues mirent au jour notamment 3 marches en marbre permettant d'accéder au presbyterium et un ambon (pupitre servant à la lecture des livres saints).

Les fouilles permirent aussi de découvrir d'autres éléments de la vie de l'église avec des sarcophages mérovingiens et des moules à cloches des 17-18è siècles.

Ce patrimoine exceptionnel est aujourd'hui ouvert à la visite et magnifiquement mis en valeur par un son et lumière.